Le poids de l’immobilier et de la construction dans les émissions de gaz à effet de serre1 fait de facto des professionnels de ces secteurs des acteurs principaux de la transformation de l’économie afin que celle-ci devienne durable.
Afin d’engager cette transformation, notamment sous l'impulsion de l'Union Européenne, la France s’est dotée depuis une vingtaine d'années de règles visant à décarboner des bâtiments. Ces règles, reposant initialement sur des incitations à agir, sont devenues progressivement de plus en plus contraignantes. Les professionnels concernés se sont emparés de ce système, en identifiant ses opportunités et en engageant constructions et rénovations de biens plus durables.
Cette dynamique, positive, pourrait être empêchée par la conjoncture qui inquiète. Les exigences de décarbonation, outre que leurs effets vertueux sont parfois contestés, comme le passage au véhicule 100% électrique ou les obligations d’installation d’ombrières ou de panneaux photovoltaïques, représentent des coûts d’autant plus lourds que l’activité économique est ralentie. La crise de la production de logements et le durcissement de la compétition internationale par l'effet de l'augmentation comparative du coût de l'énergie et des matières premières en Europe conduisent certains à appeler à freiner temporairement sur ces sujets.
Mais qu’on le veuille ou non, le réchauffement climatique est en cours. Les immeubles ne peuvent être déplacés. Et les besoins de ceux qui y habitent ou y travaillent devront être servis. Des investissements sont donc à réaliser.
Les interviews que nous avons réalisées pour ce numéro tracent des perspectives très intéressantes.
Pour tenir les objectifs de 2050, il nous faut des technologies de rupture et de nouvelles filières industrielles.
Pour atteindre les objectifs de 2030 – dans 5 ans donc - les technologies et savoir-faire dont nous disposons semblent adaptés. Mais pour aller au-delà, atteindre ceux de 2050 ? C’est de technologies de ruptures dont nous avons besoin et de l’émergence de nouvelles filières industrielles pour les généraliser et les rendre économiquement accessibles.
Pour engager les investissements qui rendront cela possible, la coordination sera un facteur primordial.
Celle-ci passera tout d'abord par la mobilisation de toute la gamme des approches en matière d’investissement, et notamment d’un capital venture puissant pour obtenir ces innovations de ruptures. Elle passera aussi par un écosystème qui intègre la création de valeur extra financière et qui donne donc plus d’importance au temps long, ce qui est favorable au financement des filières industrielles nécessaires pour massifier les technologies et les services les plus innovants.
Elle passera ensuite par la coordination des acteurs, entre propriétaires, locataires et gestionnaires. Les baux deviennent à ce titre des leviers de progrès innovants. Elle passera enfin par une approche articulée entre tous les acteurs d’une chaine de valeur d’un produit, de son producteur à ses utilisateurs finaux. La REP - responsabilité élargie des producteurs - n’en est qu’au tout début de ses effets mais peut être très transformative.
Dans ce contexte, l’Union européenne pourrait devenir un marché résilient, plus durable, offrant aux investisseurs du monde entier des actifs pour diversifier leurs investissements. Il est donc temps de s’assurer que chaque obligation que l’on impose fait pleinement sens et que l’on valorise ce qui est mesurable et efficace, que l’on parle de valeur financière ou extra-financière. À n’en pas douter, des leaders vont émerger et faire la différence. Qu’il s’agisse d’investisseurs, de constructeurs, d’industriels… Gageons qu’ils seront européens et français !
1 Selon l’ADEME, le secteur du bâtiment dans son ensemble représente 43 % des consommations énergétiques annuelles françaises et génère 23 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) français.